Quelle vision pour l’Europe à l’horizon 2030 et quel rôle pour le pilier franco-allemand ?

Le 13 février dernier notre débat a porté sur le thème :

« Quelle vision pour l’Europe à l’horizon 2030
et quel rôle pour le pilier franco-allemand ? »

Dans son introduction Paul Quilès a d’abord rappelé que « l’Europe fait partie intégrante des thèmes que notre club explore de manière récurrente et que la place du pilier franco-allemand en est un élément constitutif, »

Il a ensuite fait un rapide résumé de la carrière de M. Pascal Hector, en soulignant ses principales dominantes tant juridiques qu’européennes et en évoquant son engagement universitaire.

L’intervention de M. Pascal Hector a été construite en trois parties.

Pour démarrer, l’orateur a porté le projecteur sur la multipolarité du monde au 21°siecle, dont l’architecture est modelée par les nouvelles postures de la Russie, en quête d’un retour dans le club des grandes puissances, de la Chine, clairement expansionniste et des Etats-Unis, tentés par un repli sur eux-mêmes. Tel est le paysage nouveau dans lequel doit être appréhendé le rôle de l’Union Européenne à l’horizon 2030.

Dans ce contexte, l’affirmation de la souveraineté européenne est la clé de la crédibilité de l’Union Européenne pour émettre des règles communes, pour protéger ses données, pour peser dans les négociations internationales. Une telle souveraineté européenne doit être considérée comme compatible avec les souverainetés nationales.

Des progrès doivent donc être réalisés dans le renforcement des politiques communes en matière d’affaires étrangères et de sécurité, sans imaginer à court et moyen termes que ces efforts puissent conduire à se passer de l’OTAN

Néanmoins, des initiatives telle que la mise en place du Fonds de défense européen sont l’illustration de ce type d’efforts.

Il faut être vigilant vis-à-vis des multiples manquements au droit international opérés par la Russie en Crimée, en Ukraine ou en Syrie.

S’agissant du pilier franco-allemand, qui vient d’être réaffirmé par le traité d’Aix la Chapelle, une analyse réaliste amène à constater que les deux Etats partent le plus souvent de positions différentes voire divergentes, mais qu’ils ont en pratique une grande maitrise de la recherche de consensus.

La force du pilier franco-allemand est singulièrement importante s’agissant des relations avec la Chine, dont la posture expansionniste est sans ambiguïté, qu’il s’agisse des « routes de la soie », de sa politique d’investissement en Europe ou de sa politique africaine.

Le traité d’Aix la Chapelle, qui doit encore être ratifié, est un traité substantiel -même s’il est mal compris -, dans le domaine militaire (clause d’assistance mutuelle), culturel ou économique (15 projets phares). Ce traité montre que le couple franco-allemand est au cœur de l’Europe.

En conclusion, M. Pascal, après avoir rappelé de façon humoristique que l’Union Européenne a permis de remplacer heureusement les guerres par des sessions de nuit à Bruxelles, a réaffirmé le besoin d’une Europe unie.

Un débat intense a suivi cet exposé. Les questions suivantes ont été abordées :

Q : quelles conséquences pour le Brexit ? R : il est trop tôt pour aborder ce sujet, tant qu’on n’en connait pas les modalités précises ;

Q : que penser de la position de la Commission qui rejette la fusion Alstom Siemens ? R : l’Allemagne et la France sont d’accord pour faire évoluer les règles de la concurrence.

Q : quelle contribution de l’Allemagne à la lutte contre le djihadisme ? R : l’Allemagne est engagée tant en Mauritanie qu’en Afghanistan.

Q : approche commune au Conseil de sécurité de l’ONU ? R : coordination prévue alors que l’Allemagne occupera le siège tournant ; prudence s’agissant d’éventuelles évolutions institutionnelles.

Q : le renforcement du pilier ne passe t il pas par plus de mobilisation notamment des jeunes ? R ; oui, on est clairement plus forts mobilisés ensemble.

Q : une harmonisation fiscale n’est-elle pas indispensable ? R : oui pour les taxes indirectes ; pas nécessaire pour les impôts directs (voir exemple suisse)

Q : l’Europe doit-elle mettre en place une stratégie industrielle commune ? R : oui action en ce sens prévue par le traité d’Aix la Chapelle.

Q : un renforcement des coopérations interrégionales frontalières ne s’impose-t-i pas ? R : oui la démarche développée tant en Sarre qu’en Lorraine est à cet égard exemplaire.

 

Invité : Pascal Hector

Depuis juillet 2016 Ministre plénipotentiaire, ambassade d’Allemagne à Paris.
2012-2016 Jurisconsulte adjoint du ministère fédéral des Affaires étrangères pour le droit international public.
2009-2012 Ministre plénipotentiaire, ambassade d’Allemagne à Ankara.
2005-2009 Chef de la division des finances, de la politique agricole et de questions économiques de l’Union européenne, ministère fédéral des Affaires étrangères.
Depuis 2005 Professeur à titre honorifique à l’Europa-Institut de l’université de la Sarre à Sarrebruck.
2004-2005 Directeur de la cellule « Perspectives financières de l’Union européenne.
2002-2004 Directeur adjoint du secrétariat du délégué à la constitution européenne, ministère fédéral des Affaires étrangères (Berlin) ; représentant allemand au comité de rédaction du traité établissant une Constitution pour l’Europe.
1999-2002 Conseiller (groupe Antici), représentation permanente de l’Allemagne auprès de l’Union européenne.
1996-1999 Porte-parole chargé des questions européennes, ministère fédéral des Affaires étrangères (Bonn).
1994-2005 Chargé de cours à l’Europa-Institut de l’université de la Sarre à Sarrebruck.
1993-1996 Conseiller, représentation permanente d’Allemagne auprès de l’Union européenne à Bruxelles : négociations d’élargissement avec l’Autriche, la Finlande, la Suède et la Norvège – Conférence inter-gouvernementale de l’UE en 1996.
1992-1993 Rédacteur pour les droits de l’homme et les questions de minorités au sein de la division de l’OSCE, ministère fédéral des Affaires étrangères (Bonn) ; doctorat en droit.

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