Incidences géopolitiques du dérèglement climatique

Notre dernier dîner-débat s’est tenu sur le thème :

« Incidences géopolitiques du dérèglement climatique »

(jeudi 12 décembre 2019)

 

Invité : Jean-Michel Valantin

Jean- Michel VALANTIN est docteur en études stratégiques et sociologiques de la défense, spécialiste de la stratégie américaine et des effets géopolitiques du changement climatique. Il est responsable de la rubrique « Climate change security »pour le think tank « The Red (Team) Analysis Society.

Compte-rendu du débat :

« La COP 25 qui se tient à Madrid est sur le point de s’achever et dont les résultats sont maigres même si, pour se rassurer, on affirme que la prochaine à Glasgow sera décisive. Tout se passe comme si, devant l’urgence climatique que plus personne ne nie, sauf exception (TRUMP ?), la procrastination -la tendance à remettre au lendemain- reste de mise   après les espoirs déçus de la COP 21 de PARIS.

Si les conséquences sur la vie des hommes (famines, réfugiés climatiques …) sont souvent mises en évidence, il est rare qu’un lien soit établi avec les risques de guerre et de conflits larvés. Et pourtant, si on prend l’exemple de l’or bleu (l’eau), un des premiers conflits remonte à il y a 5000 ans, en Mésopotamie. Il dura près de 2 siècles entre les villes de Lagash et Uma. Cela  rappelle sans doute d’autres conflits plus proches de nous, dans la même région … »

Tels étaient les remarques introductives proposées au débat par Paul Quilès, Président, dans sa présentation de l’intervention de Jean Michel Valantin invité du club Démocraties ce 12 décembre 2019,.

Jean-Michel VALANTIN,-dont l’intervention intégrale, de même que les questions réponses qu’elle a suscitées, peut être écoutée par le lien suivant…) a ouvert sa contribution par deux considérations personnelles :

  • Le fait qu’il appartienne à une communauté française des « docteurs en études stratégiques » forte de seulement 12 membres alors qu’elle en compte des centaines dans la plupart des pays développés.
  • L’édition en 2003 -alors qu’il était lui-même aux USA- par le pentagone, d’un rapport concernant les conséquences d’un changement climatique majeur sur la sécurité nationale , en contradiction avec le climato scepticisme officiel.

L’intervenant s’est ensuite penché sur l’analyse des paradoxes américains, entre pétrole roi et vulnérabilité croissante, en insistant sur le choc psychologique de la gestion des conséquences de l’ouragan Katrina , pour lequel le pouvoir fédéral avait été contraint de faire appel à une société privée faute de moyens publics  disponibles .

Il a ensuite consacré des développements approfondis au cas de la route du nord (passage entre le détroit de Béring et la Norvège par l’océan arctique rendu possible par la fonte des glaces) en présentant le jeu des différents acteurs : Russie, Chine et plus récemment Etats Unis dans le même temps ou les Etats européens abordent le sujet de manière dispersée et n’hésitent pas à passer des accords bilatéraux avec les autres puissances.

Outre le bouleversement des routes maritimes qui va en résulter, l’accès à des matières premières et sources d’énergie jusque-là inexploitables est un enjeu majeur tant  pour La Chine ( pauvre en gaz et pétrole ) que  pour la Russie qui reconstitue ainsi son capital naturel. (Projet Yamal)

L’absence d’enthousiasme de ces puissances pour les démarches multilatérales de réduction du réchauffement climatique doit clairement être cherché dans ces données géopolitiques, le sort de milliards d’humains menacés par la montée des eaux  passant après ces intérêts nationaux.

Le très riche débat qui a suivi a permis d’aborder les thèmes suivants :

Lien entre le réchauffement climatique et les risques de conflits armés (« le climat ne déclenche pas des guerres mail il met sous pression ») ;apparition de refugies climatiques et perspectives de nomadisation à grande échelle ;relations entre changement climatique et écologie («  il serait préférable de parler de crise bioclimatique ») ; risques d’une guerre de l’eau ; vulgarisation de ces thèmes par le cinéma américain ; rôle des marchés financiers vis-à-vis de la crise bioclimatique

Dans sa conclusion, après avoir félicité l’orateur pour la qualité de ses analyses Paul Quilès devait insister sur l’importance des relations entre les gouvernants et les milieux scientifiques

*****

Haut fonctionnaire au développement durable au Ministère de l’Education Nationale, Jean Michel Valantin est aussi chercheur en stratégie, docteur en études stratégiques et sociologiques de la défense (spécialité rare) et expert reconnu des effets géopolitiques du changement climatique.

 Son dernier ouvrage, qui date d’octobre 2017 (« géopolitique d’une planète déréglée-le choc de l’anthropocène » montre que l’impact du climat et de ses changements est déjà constatable et que les altérations écologiques mettent sous tension les Etats. Cette situation comporte de grands risques, y compris de la part de ceux qui détiennent des armes sophistiquées dont l’arme nucléaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *