Algérie, la nouvelle indépendance

Le mardi 3 mars 2020, notre diner-débat a eu pour thème :

« Algérie, la nouvelle indépendance »

L’intervenant était Jean-Pierre Filiu

Professeur des universités à Sciences Po Paris, après avoir été professeur invité par les universités américaines de Columbia et de Georgetown. Arabisant et spécialiste du monde arabe.

Auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels : La véritable histoire d’Al Qaida (2011), La révolution arabe (2012), Le nouveau Moyen Orient (2013), Je vous écris d’Alep (2013), Le miroir de Damas (2017), Généraux, gangsters et jihhadistes (2018), Algérie la nouvelle indépendance (Le Seuil 2019).

Depuis plusieurs mois, le club se proposait de consacrer l’une de ses réunions à la compréhension de la situation en Algérie – le vice-président Jacky Simon portant plus particulièrement ce projet – tout en s’interrogeant sur le bon moment pour le faire compte tenu du  caractère évolutif de la situation.

La publication de l’ouvrage Algérie, la nouvelle indépendance est apparue comme l’occasion d’inviter Jean-Pierre Filiu.

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Résumé de l’intervention de Jean-Pierre Filiu

Après une courte présentation de Paul Quilès, exprimant son intérêt personnel pour ce sujet en raison de son lien avec l’Algérie où il est né et avec l’Afrique du Nord où il a passé son enfance et son adolescence, Jean-Pierre Filiu est intervenu.

Pour écouter son intervention intégrale :

Né il y a un peu plus d’un an, le mouvement de protestation algérien, le Hirak appelle des éclaircissements tant il est complexe et multiforme. Le replacer dans son contexte historique, géographique, sociologique, démographique, économique, était nécessaire.

Jean-Pierre Filiu a présenté une analyse des causes profondes de ce mouvement inédit qu’est le Hirak :

  • Le rejet par une jeunesse libérée des carcans, des cadres militaires corrompus détournant à leur seul profit les dividendes du pétrole, seule richesse nationale (98% des exportations) ;
  • La lutte pour l’autodétermination, guidée par un patriotisme militant, contre le colonialisme intérieur et sa cohorte de mensonges, entretenus par les généraux ;
  • Les erreurs tactiques des décideurs » ; un 5°mandat vécu comme une humiliation ; l’éviction tardive de Bouteflika (« en Algérie on respecte tellement les morts qu’on en a un à la présidence »).

Jean Pierre Filiu a ensuite développé plusieurs points essentiels à la compréhension de la situation :

  • L’importance des séquelles de la lutte entre les factions issues du FLN et de l’armée des frontières ;
  • Les mensonges entretenus sur la guerre de libération et l’omerta sur la guerre civile (les années de plomb) ;
  • L’importance du choix de la non-violence par les manifestants du Hirak et leur soin particulier à éviter toutes les provocations grâce « une grande sagesse inclusive » ;
  • Le rejet par le mouvement de tout leader, ce qui d’ailleurs n’exclue pas l’existence d’une organisation efficace liée aux réseaux sociaux ;
  • L’importance du rap et du football pour le mouvement.

En conclusion, Jean Pierre Filiu a souligné le caractère très positif du mouvement pour l’Algérie et pour la France, en insistant sur son échéance de long cours et sur l’exigence de justice qui l’anime.

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Le très riche débat qui a suivi a permis d’aborder les thèmes suivants : posture de la police vis-à-vis de la non-violence ; poids relatif des Arabes et des Kabyles dans le mouvement ; place de la religion et des religieux (les imams étant payés par l’Etat) ; le rôle des femmes ; l’effondrement de l’économie ; la dépendance alimentaire ; les perspectives de restitution des biens pillés et le rôle que la France pourrait avoir en la matière…

Jean Pierre Filiu a indiqué qu’il tenait un blog sur ces questions en partenariat avec le journal Le Monde.

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