Migrations et nations

Le dîner-débat du 27 novembre a porté sur le thème :

« Migrations et nations »

 

Invitée : Béatrice Giblin

Géographe, agrégée, professeure émérite des Universités, fondatrice de l’Institut Français de Géopolitique, Université Paris 8. Directrice de la revue Hérodote, revue de géographie et de géopolitique. Auteure de la Nouvelle Géopolitique des Régions françaises (Fayard) , du Dictionnaire des Banlieues (Larousse), des Conflits dans le Monde, analyse géopolitique (Armand Colin), du Paradoxe français, entre fierté nationale et hantise du déclin (Armand Colin).

 

 

 

Migrations et nations : Ce sujet complexe pose des problèmes géopolitiques tels que les rapports entre Etats du Nord et du Sud, mais aussi entre Etats du Sud ce que l’on a parfois tendance à négliger, des questions de frontières, d’étrangers, de nationaux. L’immigration met aussi en jeu des rivalités de pouvoir sur des territoires et alimente par le biais des médias des débats entre citoyens. Enfin elle fait l’objet de représentations mobilisatrices, parmi elles, la menace que ferait planer l’immigration sur l’identité nationale est suffisamment puissante pour contraindre les responsables politiques à adapter leur politique migratoire, en particulier en renforçant le contrôle des frontières.

La possibilité ou non d’acquérir la nationalité, d’en devenir des citoyens de plein droit, qu’il s’agisse de réfugiés demandant le droit d’asile ou de migrants économiques change du tout au tout l’approche de la question de l’immigration et de la nation car acquérir la nationalité permet de passer d’une immigration temporaire de travail à une immigration définitive de peuplement.

Tels étaient les thèmes proposés au  débat par Paul Quilès , Président ,dans sa présentation de  Béatrice Giblin invitée du club Démocraties ce 27 novembre 2019, pour l’introduire.

Après avoir posé le principe suivant lequel « l’immigration est souvent considérée comme le facteur majeur le plus susceptible de déstabiliser la nation » Béatrice Giblin a organisé son propos ( dont le texte complet est consultable par ce lien) de la manière suivante :

  • Pays ou les étrangers ne peuvent devenir citoyens ; Japon et Etats du golfe
  • Pays peuples d’immigres ayant fermé leurs frontières aux nouveaux immigrés : Etats Unis et Australie
  • Cas particulier du Canada qui reste ouvert avec un système de contrôle de l’immigration.

Elle est ensuite passée à l’examen de la situation en Europe, ou le thème de l’immigration est devenu partout un thème électoral, les partis dits nationalistes en faisant un cheval de bataille ; « même dans les pays ou le chômage est faible et la situation économique favorable, les partis nationalistes sont entendus par une partie des électeurs ».

Des nuances doivent être introduites entre des pays en baisse démographique et donc de fragilisation de la nation telle la Hongrie voire la Pologne et l’Allemagne ou la France.

La situation allemande est complexe : différence entre l’Allemagne de l’ouest consciente de son passé nationaliste et l’Allemagne de l’est qui entretient une vision positive de l’histoire allemande. L’adoption par l’Allemagne réunifiée d’une approche mixte droit du sang/droit du sol doit être soulignée.

S’agissant de la situation française ou la présence d’étrangers est stable au niveau de 7% , la présence visible des générations de français issus de l’immigration post- coloniale est rejetée par une fraction significative de la population, la ségrégation spatiale étant notamment source d’inquiétudes. A noter les conséquences malheureuses du fait que le discours de la nation ait été abandonné à l’extrême droite

Le très riche débat qui a suivi a permis d’aborder les thèmes suivants :les conséquences regrettables de la coïncidence entre le début de la désindustrialisation et la mise en place du rapprochement familial ; l’importance de l’enseignement – raté s’agissant des femmes-; les erreurs de l’urbanisme de la reconstruction ( grands ensembles) ;les ravages du trafic de drogue ; la peur et les fantasmes notamment dans les campagnes qui n’ont jamais vu un immigré .Quelques notes d’espoir aussi : « le racisme n’est pas plus fort aujourd’hui qu’il ne l’était hier » ; l’enseignement fait des progrès notamment s’agissant de l’enseignement professionnel et de l’apprentissage et puis le rappel que certains secteurs de l’économie reposent quasi entièrement sur une main d’œuvre issue de l’immigration !

Dans sa conclusion, après avoir félicité l’oratrice pour la qualité de ses analyses Paul Quilès devait affirmer sa conviction de la nécessité de  poursuivre le débat sur ces thèmes notamment dans le sens se l’approfondissement des remèdes esquissés.

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